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Inde ARTE


Carnet de route de la 15e étape : Delhi

L’histoire du blanc qui partit en Inde et y resta…

J’espérais une autre fin…
Trouver Gandhi planqué quelque part dans un ashram ou reconverti comme batelier à Bénarès, voire réincarné en jeune militante du Parti du Congrès à Delhi aurait été un sacré coup journalistique… auquel je n’ai pourtant jamais vraiment cru.

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Dès la première étape de mon voyage, on m’a montré les lieux de son assassinat et de sa crémation, aussi ai-je dû renoncer à cette impossible rencontre…
Gandhi est mort et je savais qu’aucune de mes étapes ultérieures ne le ressusciterait malgré la rencontre de quelques personnages qui tentent d’appliquer dans leurs vies quotidiennes ses principes.

Ekta Parishad Orissa

Encore ce gaillard sur ma route... est-ce moi qui suis ses traces ou lui qui suit les miennes ?

Alors comment conclure ?
Pour en finir avec ces rencontres gandhiennes, j’avais d’abord espéré un dernier reportage avec un chef d’entreprise vindicatif qui présenterait l’idéologie de Gandhi comme un tissu de principes poussiéreux qui aujourd’hui encore nuiraient au développement économique du pays.
Mais si certains entrepreneurs pensent peut-être ainsi, aucun ne l’affirmerait devant une caméra. Moins par crainte de salir une icône que par manque de temps.
Ils ont autre chose à faire que parler de Gandhi ces gars-là…
Sincèrement à part moi, qui parle encore de Gandhi ?
L’Inde contemporaine n’est définitivement pas gandhienne…

Quoi ! Les traces que j’ai tentées de suivre pendant trois mois n’étaient donc qu’un mirage ?
Oui, si je les avais suivies pas à pas.
Non, car j’ai renoncé à suivre aveuglément l’itinéraire de Gandhi.
Gandhi n’était qu’un prétexte pour multiplier les rencontres sur ma route.

Au cours de ce voyage, je n’ai rien voulu démontrer, j’ai simplement essayé de présenter l’histoire de personnes dont les vies racontent un peu l’Inde d’aujourd’hui.

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Il n’était pas vain ce voyage sur les traces de Gandhi si les articles et les reportages de ce blog ont montré que l’Inde ne se résume pas aux décors colorés de films bollywoodiens ni aux scènes glauques de “Slumdog millionaire”, pas plus qu’elle ne se limite aux bidonvilles de ses mégapoles et aux centres commerciaux de ses villes-nouvelles, à la ferveur des pèlerins le long du Gange et à la frénésie d’achat des classes moyennes citadines, à la vie d’un chef d’entreprise de Calcutta et à celle d’un conducteur de rickshaw de Patna, non l’Inde se résume pas à ce que j’ai vu car j’ai trop peu vu et ce que j’ai vu je le vis trop vite…
L’Inde ne se résume pas à ça… car elle est tout ça.
L’Inde n’est jamais frustrante car on ne finit jamais de la comprendre, en même temps qu’elle est épuisante car on ne commence jamais à la comprendre… et il fallait une dernière histoire pour être certain de n’avoir rien compris…
Ce fut l’histoire de Pascal.

J’ai rencontré Pascal il y a deux ans à Delhi.

Il arrivait alors en Inde après avoir quitté à Paris son travail d’éducateur et vendu son appartement. Dans ces conditions, le tour du monde qu’il commençait à peine ressemblait à un aller sans retour.
Mais ce tour du monde qui débutait en Inde n’irait pas plus loin… à cause de gamins… des gamins des rues…
Il trébuche sur l’un d’eux sur un trottoir et décide alors de les aider, il aura le choix, rien qu’à Delhi, ils sont 100.000…

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Pascal Fautrat

On se sépare sur l’évocation de nos projets, les siens franchement humanitaires, les miens vaguement journalistiques.
Et on ne se revoit pas pendant deux ans…
Deux ans après, je suis vaguement journaliste et c’est dans l’exercice de cette fonction merveilleuse que j’entends parler d’un français qui a créé à Delhi un foyer pour enfants des rues.
Pascal évidemment…

Depuis un an, le foyer “Chaya” accueille dans le sud de Delhi seize enfants âgés de quatre à dix-sept ans. Seize et pas plus afin de pouvoir suivre individuellement ces garçons dont le passé exige une grande attention éducative qui ne se résume pas à la seule scolarité, que les plus âgés reprennent parfois après des années d’interruption.
Les faire passer de l’état d’objet dans lequel ils ont été si souvent plongés par le passé à celui de sujet: c’est le projet éducatif que mène Pascal, secondé par Shariq, un jeune travailleur social et par une équipe d’une vingtaine de bénévoles, indiens comme occidentaux, qui viennent chaque après-midi après l’école pour donner des cours d’anglais, de français, d’histoire, de géographie, de mathématiques ou pour initier les enfants à des disciplines moins académiques comme la vidéo ou la photographie.

Sir ! Sir ! Ces mots résonnent sans cesse dans le foyer.
C’est ainsi que les garçons de Chaya appellent Pascal car il le précise bien je ne suis pas leur père et ils le savent, bien qu’entre “Sir Pascal” et ces garçons existe une évidente affection proche d’un lien paternel.
Comme le père qu’il n’est donc pas, Pascal veut non seulement le meilleur avenir possible pour les enfants de Chaya, mais il veut aussi montrer que d’anciens enfants des rues sont capables de poursuivre de longues études jusqu’à l’université pour devenir des médecins ou à leur tour des travailleurs sociaux.

Foyer Chaya

“A Chaya, on ne pense pas qu’un enfant des rues doive arrêter sa scolarité en sixième et ait pour unique destin de devenir vendeur de légumes dans la rue ou vigile dans un magasin, mais c’est malheureusement ce que pensent beaucoup d’ONG en Inde. Elles considèrent que lorsqu’un ancien enfant des rues atteint le niveau de sixième, leur travail social est terminé, comme si lâcher dans la vie un jeune de 18 ans avec ce bagage-là était suffisant sous prétexte qu’il est un ancien enfant des rues.
Nous, on veut que ces enfants entrent dans les meilleures écoles d’abord pour eux, mais aussi pour prouver à tous ceux qui en doutent que ces enfants-là en sont capables.”

Foyer Chaya

Le lendemain du reportage à Chaya, Pascal m’annoncera d’ailleurs que les enfants de Chaya seront prochainement évalués en vue de leur admission à la “Sanskriti scool”, une école privée de Delhi d’un très bon niveau. Il sait que tous ne seront pas sélectionnés, certains ayant un niveau scolaire encore trop faible, mais il espère que trois ou quatre seront admis et le seul fait que d’anciens enfants des rues passent un tel examen d’admission est déjà une première démonstration que ces garçons peuvent aller très loin.
Et les filles ? Sont-elles capables d’aller aussi loin ? Pourquoi sont-elles absentes à Chaya ?
“Il fallait bien par commencer un foyer et ce fut un foyer de garçons, mais à l’avenir je souhaite fonder d’autres foyers dans Delhi et certains accueilleront des filles.”

Foyer Chaya

Shariq. Travailleur social à Chaya

Pascal toutefois est lucide, pour développer Chaya, il faudra trouver les ressources financières qu’aujourd’hui il n’a pas. Chaque jour, il passe plus de temps à chercher des fonds à l’extérieur du foyer qu’à l’intérieur où Shariq s’occupe alors des enfants.
Le budget annuel du foyer est de 50000 euros. Les parrainages des seize enfants en couvrent le cinquième.
Et les 80% restants… ?… ils proviennent de la vente de l’appartement parisien de Pascal… autant dire qu’un tel fonctionnement financier ne peut être pérenne.
Aussi Pascal cherche-t-il le mécénat d’une entreprise ou d’une fondation ainsi que des dons privés même ponctuels pour parvenir peu à peu à l’équilibre financier, avant de développer Chaya sans toutefois jamais excéder une quinzaine d’enfants accueillis par foyer afin de respecter le projet éducatif initial.

Et Pascal ? Dans cette aventure où il ne cesse de penser aux autres, pense-t-il un peu à lui ? Il y pense chaque jour car Pascal ne s’occupe pas de ces enfants par esprit de sacrifice, il s’en occupe parce que le sens de sa vie est désormais près d’eux.

Foyer Chaya

Pendant ces trois mois de voyage, je n’ai cessé de rencontrer des personnes qui avaient trouvé le sens de leurs vies dans des luttes : lutte pour la proprété du Gange, lutte pour les sans-terre de l’Orissa, lutte pour les enfants des bidonvilles de Calcutta, lutte pour les ouvriers Agariyas du Gujarat, lutte pour les gamins des rues de Delhi…

Pascal, Sita, Pankti, Vishori, Bhadra mènent leurs luttes dans des conditions difficiles, mais alors que je m’apprête à boucler ce blog et mon sac pour rentrer en France, je me rappelle les mots de Ritwik, travailleur social à Calcutta :

Foyer Chaya

“Bien sûr l’Inde a beaucoup de problèmes, il serait ridicule de le nier, mais au cours de son histoire, ce pays s’est libéré des anglais, des moghols, des afghans et de bien d’autres envahisseurs encore, alors il se libérera aussi de ses problèmes actuels…”

J’emporte avec moi un peu de cet optimisme indien.
L’optimisme ça peut servir partout dans le monde non ?
En France aussi.
En France, surtout ?

Pour aider Chaya :
Chaya France
14, rue Richard Wagner
78670 Villennes-sur-Seine

NB : le nom de la maison a changé le 1er août 2009. Elle s’appelle désormais “Tara” et son site est www.tarafrance.org

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7 commentaires pour „L’histoire du blanc qui partit en Inde et y resta…“

  1. MARTIN dit :

    Bonjour Pascal, je suis un petit cousin de ta maman (coté Ménard). Ton reportage m’a beaucoup ému. Je te souhaite d’avoir le courage necessaire pour poursuivre l’oeuvre que tu as entrpris, Merci

  2. ARTE dit :

    Vous trouverez les coordonnées mail de Pascal sur le site de Chaya :
    http://www.chayafrance.org/2008/11/nous-contacter.html

  3. Ich liebe mein Indien dit :

    namaste,
    great impressions, full of love for children. i love my india

  4. Fautrat Dominio dit :

    Bonjour Pascal,
    Un petit bonjour de Normandie, Eliane m’a envoyé le lien du reportage d’Arte, je te fais tous mes compliments et t’envoie plein de courage pour la suite. J’espère venir visiter Chaya un de ces jours et pourquoi pas t’apporter un peu d’aide…
    Je t’embrasse bien fort
    Ta vieille Tante Domino.

  5. Marie de Bruxelles dit :

    J’ai eu la chance et le privilège de rencontrer par hasard Pascal sur la toile internet. Après plusieurs contacts, nous avons rassembler 40kg de choses qui manquaient aux garçons et nous avons concrétiser notre rencontre à Delhi lors de notre énième voyage en Inde en avril 2009.
    Nous avons hélas passé trop peu de temps avec Pascal et les enfants mais avons quand même pris le temps d’emmener les 6 plus grands à la piscine olympique.
    Une première grande expérience pour les garçons !
    Depuis, nous aidons financièrement la maison et vous encourageons à en faire autant.
    Petite précision, le site Web et le nom de la maison ont changé :
    http://www.tarafrance.org/

  6. LEBLON dit :

    Bonjour Pascal,

    J’avais vu un reportage sur ARTE sur les enfants en Inde et ces endroits où on les recueillait en les faisant mendier du matin au soir et j’ avais ressenti un grand sentiment d’injustice pour ces enfants.

    Je t’ai enfin retrouvé après maints messages que je t’avais envoyés sur ta messagerie. Maintenant je comprend ton silence.

    Je savais déjà que tu étais parti en Inde. Maintenant je peux te parler.

    Je te souhaite d’être heureux.

    Si tu es de passage en France, viens nous voir !

    Edwige Leblon

  7. Adrien M. dit :

    bravo pour ton trvail pascal. et bonjour au etudiants de l ex chaya.
    un benevole ki a mis d la couleu avec les enfants sur les murs de leus foyer… avec les illustrations de l ami vincent.